DU
LYCEE LOUIS
LE GRAND
Ce texte est le texte original écrit par Pierre Provost à l'occasion de la création du musée.
Critères
de choix des appareils mis au musée
Ateliers Hippolyte PIXII (1808-1835) et fils
Ateliers SOLEIL et successeurs
Appareils portant le nom d’un savant
Objets de physique amusante ou paradoxale
Bobine
de MASSON et bobine de RUHMKORFF
Les objets
qui, à une certaine époque, ont été utiles à l'homme furent, de ce fait,
nombreux ; puis, dépassés par de nouvelles technologies, ils devinrent
inutiles, encombrants et voués à la destruction
tels de vieux chevaux conduits à l'abattoir.
Alors vient la raréfaction.
Cette menace de disparition fait naître regrets et nostalgie et conduit à la
revalorisation de l'objet, au sauvetage des derniers exemplaires que l'on dépose
dans ce qui est notre mémoire : le Musée.
Ce processus vaut pour tout
ce que fait l'Homme, mais de manière très inégale selon le
degré de noblesse que l'on
accorde aux objets : les plus nobles sont appelés objets d'art et précieusement
conservés. Les moins nobles sont peut être les appareils de sciences
physiques, et cela même aux yeux des physiciens. Pourquoi ?
Parce qu'ils sont les outils sans cesse repensés, modifiés, renouvelés,
de la pensée qui cherche et de l'enseignement qui reproduit la recherche, les
appareils scientifiques sont conçus comme éphémères, démontables et
réutilisables, s'il se peut, par morceaux.
Le physicien dont le but est de prévoir et d’exprimer des relations du
genre « si A, alors B », se tourne plus volontiers vers l’avenir
que vers le passé ; ce n’est donc pas, à
priori, un homme de musée.
Les appareils dont il n’a plus besoin sont abandonnés, détruits ou réutilisés
par morceaux. Ce cannibalisme était pratiqué avant que je ne devienne, en
1960, responsable du laboratoire de Sciences physiques ; il le fut encore, sous
ma responsabilité jusqu’à la rénovation
des locaux de sciences physiques (année 1972 et suivantes).
C’est alors que, contraints de réaménager nos collections nous fûmes
touchés par la grâce et décidâmes de constituer ce musée avec
l’approbation de Monsieur le Proviseur Deheuvels et l’aide de M. Noël
architecte.
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Ce qui est mystère des formes pour le profane devient à ses yeux beauté
étrange et désir d’appropriation. Les antiquaires se sont donc intéressés
à nos vieux appareils et il a fallu une circulaire ministérielle, destinée
aux responsables de laboratoires, pour rappeler l’interdiction de la vente des
vieux appareils dont le prix, sur le marché, est fonction de l’ancienneté et
de l’état de marche.
L’ancienneté peut se mesurer en années, siècles ou millénaires. On
sera alors étonné et peut-être déçu
d’apprendre que les objets de notre musée datent du 19ème siècle et du début
du 20ème. Ainsi évalués ils ne peuvent figurer à côté des silex taillés
et des objets de bronze des musées archéologiques.
Mais une idée, un agissement, un objet deviennent anciens lorsqu’ils
cessent d’être en usage et ne sont plus enseignés. Ignorés des jeunes ils
paraissent étranges à leurs yeux
quand ils les découvrent au musée.
Or ce type de vieillissement peut-être extraordinairement rapide et
aller en s’accélérant en sciences physiques. Ce n’est pas tout à fait le
cas en mécanique classique puisque le concept de moment de force, toujours
valable et toujours enseigné, a été introduit par le génial Archimède, deux
cents ans avant notre ère, mais il a fallu attendre dix huit siècles pour que
la mécanique classique s’édifie avec Galilée, Varignon, Newton et
autres.... à partir du 17ème siècle. Par contre l’électromagnétisme est
une branche très récente de la physique : elle s‘est édifiée tout au long
du 17ème siècle ; sa construction connut des idées fausses et elle nous
laisse beaucoup d’appareils obsolètes qui constituent une part importante de
notre musée. L’électronique est encore plus récente : si on situe son début
à l’invention de la lampe triode par Lee de Forest, elle est née en 1907 et
son évolution connut des progrès foudroyants tout au long du 20ème siècle.
Progrès techniques, course à la miniaturisation, concurrence, font que la durée
de validité d’une invention (lampes à vide, transistors, puces électroniques
.... ) devient de plus en plus courte et que l’électronique produit un flux
de plus en plus important d’objets « muséables » (quoique récents
! ).
Les objets du 19ème siècle et d’avant ont été créés dans des
conditions souvent artisanales associant savants et artisans, ces derniers étant
aussi d’authentiques physiciens. C’est en pensant à eux que l’on ressent
une émotion certaine à la vue de leurs ouvrages. La découverte, sur un
appareil, d’une plaque ancienne donnant nom et adresse du fabricant donne plus
de valeur à l’appareil et à souvent été à l’origine de notre décision
de le « muséer ». Par exemple nous avons mis dans notre musée en
sphéromètre - appareil qui n’est pas tout à fait obsolète - parce qu’il
portait l’inscription : Soleil, opticien, 36 rue de l’Odéon , Paris.
Ainsi allons nous associer, dans une même présentation, quelques uns de
nos objets à leurs fabricants.
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Nous
possédons quatre appareils issus de ces ateliers.La machine de Pixii (eld 3-4) utilisant le phénomène d’induction découvert
par le grand physicien anglais Faraday en 1831, peut-être considéré comme la
première machine magnétoélectrique (ou alternateur). Elle fut construite par
les Pixü père et fils en 1832. Un aimant en U (inducteurs) tournant devant une
paire de bobines (induit) y engendre un courant alternatif. Le type de courant
ayant des propriétés méconnues, un commutateur tournant le redresse. Notre
machine est, croyons-nous un objet assez rare. L’anglais Henri Clarke
(1815-1895) linguiste remarquable (il connaissait quarante langues) reproduisit
en la modifiant la machine de Pixii (mais avec un inducteur fixe, et un induit
tournant) Petite anecdote : exposée
à la mairie du 15ème elle y fut
baptisée « machine de Pie XII ».
La machine d’Atwood (mec 2-4) sert à vérifier le « principe
d’inertie » et à étudier les lois de la mécanique dans le cas
particulier de la chute ralentie. Sortie des ateliers Pixii, c’est une
imposante colonne d’acajou, avec poulies de cuivre. Elle fut, m’a-t-on dit,
offerte au lycée Louis le Grand par l’impératrice Joséphine. Elle était
coiffée d’une magnifique pomme de pin qui fut sciée pour franchir les portes
(elle a disparu). Georges Atwood (1746-1807) fut professeur à Cambridge. Son
invention daterait de 1784. Dans son livre « l’empire immobile ».
Alain Peyrefitte relate l’histoire de l’ambassade anglaise en 1793 dirigée
par Macartney auprès de l’empereur de Chine Quianlong. Parmi les nombreux
cadeaux offerts à l’empereur figure une machine d’Atwood (note en bas de la
page 236). La machine d’Atwood fut introduite dans l’enseignement français
après la réforme de l’enseignement scientifique de 1902.
Ancien élève du lycée Louis le Grand, le général Arthur Morin
(1795-1880) imagina un appareil pour l’étude de la chute ralentie des corps ;
bien qu’elle ne soit pas rare, elle ne figure pas dans notre musée. Par
contre nous possédons une « guillotine » acquise en 1928, pour le même
type d’expériences. La précision acquise dans la mesure du temps, qui permet
une étude précise des mouvements rapides, a rendu ces appareils obsolètes.
Une lunette (opt 3-2) et un thermoscope de Rumford (the1-3) en fort
mauvais état ont pour intérêt porter la marque Pixii.
Outre le sphéromètre déjà cité (mes 2-3) nous possédons, de Soleil,
un banc d’optique (opt 1-7) muni de nombreuses pièces d’optique. La maison
Soleil fut fondée en 1819 et dirigée par Jean Baptiste Soleil de 1819 à 1849.
Jules Duboscq (1817-1886), son élève puis son gendre, lui succéda de
1849 à 1883. Il créa et mit au point de nombreux appareils ; il perfectionna
le saccharimètre Soleil créé par son beau père. C’est cette version
perfectionnée que nous possédons (opt 2-6) ; l’objet portant l’inscription
« J.Duboscq à Paris » dut être fabriqué entre 1849 et 1883. Il
comporte une pièce inventée par J.B. Soleil : le compensateur Soleil. J.
Duboscq fut, très peu de temps, associé à un frère A. Duboscq. Notre
enregistreur de mouvements vibratoires (aco 1)
date du temps de cette brève association ce qui, pour les
collectionneurs, serait susceptible de lui donner plus de valeur.
Philippe Pellin codirige les ateliers à partir de 1883 avec J. Duboscq,
puis seul à partir de 1886 (décès de J. Duboscq). Nous avons reconnu
l’appareil répertorié opt 1-6 pour l’étude des lois de Descartes (sur la
réflexion et la réfraction) dans
un vieux catalogue de Ph. Pellin.
Louis Bréguet (1804-1883), petit-fils du précédant nous intéresse
particulièrement car il construisit l’un des appareils les plus importants de
notre musée : la bobine de Masson (eld 4-6) en 1842. Louis Bréguet fut, comme
son grand-père, horloger et physicien ; il construisit de nombreux appareils de
précision. Il fut chargé d’établir le premier télégraphe électrique sur
la ligne de chemin de fer Paris-Rouen. Il construisit un télégraphe à cadran
(objet eld 3-3 de notre collection) qu’il inventa peut-être, invention que
l’on attribue aussi à Charles Wheatstone (1802-1875). Comme son grand-père
il fut membre du bureau des longitudes (1862) et de l’Académie des Sciences
(1874).
Antoine Bréguet 1851-1882, fils de Louis,
physicien et inventeur, fut placé par son père à la tête de ses
ateliers. Il nous concerne car le musée possède une dynamo Gramme (eld 4-4n)
qui porte l’inscription :
Machine
de Gramme
Inv.
Bté SGDG
Bréguet
FT n° 15 D
Antoine
Bréguet écrivit un traité sur la dynamo Gramme, fut professeur au lycée
Louis le Grand.
Un autre Bréguet, (Louis Charles 1880-1955), est bien connu comme ingénieur
constructeur d’avions et d’hélicoptères. La première liaison
Paris-New-York sans escale fut réalisée en 1930 par Costes et Bellonte à bord
d’un avion « Bréguet 19 ».
Voici un savoureux extrait de Ganot :
« Monsieur Froment a, dans
ses ateliers une machine électromotrice de la ‘’force’’ (Sic) d’un
cheval-vapeur. Mais jusqu’ici ces machines n’ont pu être appliquées à
l’industrie, la dépense des acides et du zinc qu’elles consomment
l’emportant de beaucoup sur celle du combustible dans les machines à vapeur
de même ‘’force’’ »
Pour comprendre ce texte il faut savoir qu’à l’époque de Ganot, à
l’époque de Froment donc, on ne savait uniquement produire un courant continu
qu’à l’aide de piles qui consommaient de l’acide et du zinc. On méconnaissait
l’intérêt du courant alternatif plus faible à produire. Il faudra attendre
la dynamo Gramme utilisable comme source de courant ou comme moteur pour que le
moteur électrique prenne de l’intérêt. Gramme présenta ses travaux à l’Académie
des Sciences le 17 juillet 1871 et se servit de la dynamo pour transporter sous
forme électrique, à 2 km, l’énergie d’une machine à vapeur lors de
l’exposition de Vienne en 1873. Or le texte cité de Ganot figure dans une édition
de 1862. Le dynamo motrice étant bien supérieure aux moteurs de Froment,
ceux-ci n’eurent d’avenir que dans les musées. Froment travaille sur
diverses inventions : télégraphe à clavier, métier à tisser, imprimante
Hughes, etc...
Ruhmkorff (1803-1877), mécanicien et électricien allemand vint à Paris
travailler chez des fabricants d’appareils scientifiques, puis il fonda sa
propre maison. Il est surtout connu pour la bobine qui porte son nom, dont nous
avons quelques exemplaires (eld 4-7), et qui, perfectionnée, est toujours en
usage. Nous reparlerons, plus loin, de cette bobine.
Nous avons au musée un galvanomètre à aimants mobiles (eld 5-5) qui
sort de ses ateliers.
Ruhmkorff a construit un électroaimant dont Faraday a conçu les plans
et avec lequel Faraday a étudié les propriétés magnétiques de la matière
(découverte du paramagnétisme, du diamagnétisme) et étudié la polarisation
rotatoire magnétique. Cet électroaimant est reproduit sur une gravure d’un
ouvrage de Jamin (qui fut professeur à Louis le Grand) et nous avons eu la
surprise de constater que nous avions exactement le même (eld 3-1). Cette
gravure nous a conduit à rechercher et à trouver dans un tiroir une pièce polaire manquante. Aussi pensons-nous que notre électroaimant
sort des ateliers Ruhmkorff bien qu’il n’en porte pas l’inscription.
Jules Carpentier (1851-1921), ingénieur sorti de l’Ecole Polytechnique
a pris la succession de Ruhmkorff après avoir été ingénieur à la société
de chemins de fer PLM (réseau Paris-Lyon-Méditerranée). Le remarquable ampèremètre
à aimants mobiles (eld 5-5) porte l’inscription « Ateliers
Ruhmkorff ; Carpentier ingénieur-constructeur ». Les boîtes «Carpentier»
de résistances étalonnées, shunts et «boîte à pont» (eld1-3, eld 1-5) ont
été appréciées et très répandues. Il fut aussi opticien ; opt 3-1 est un périscope
« Carpentier » ; Carpentier construisit les premières caméras des
frères Lumière ; il fut nommé
membre libre de l’Académie des Sciences en 1907.
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De « Brunner à Paris » nous avons un « goniomètre »
(mes 1-10) et un « compas d’épaisseur » en mauvais état (mes
2-4)
De « Perreaux, Paris » une machine à diviser (mes 2-2)
Des appareils photographiques (opt 4-2) portent la marque « Poulenc,
frères, Boulevard Saint Germain Paris ».
Certains sont des appareils de mesure, actuellement inutilisés, mais qui
ont joué un rôle important autrefois.
Pour la mesure d’un courant électrique :
·
un
galvanomètre (eld 5-1) invente en 1826 par le physicien italien Léopoldo
Nobili (1787-1835)
·
un
galvanomètre à aimants mobiles (eld 5-3) de Lord Kelsen (célèbre physicien
anglais qui vécut de 1824 à 1907). C’est un fort bel appareil en bon état.
eld 5-6 et eld 5-7 sont
·
des
galvanomètres à cadre mobile (eld 5-6 et eld 5-7) dus à Deprez (1843-1918) et
d’Arsonval (1851-1940).
Pour la mesure d’une différence de potentiel électronique :
·
un électromètre
de Mascart (est 1-4) (Eleuthère Mascart vécut de 1837 à 1918)
·
un électromètre
de Branly (est 1-5), en assez
mauvais état.
Pour la mesure d’un champ magnétique :
·
une
balance de Cotton (eld 5-10) ( Aimé Cotton, physicien français vécut de 1869
à 1951)
D’autres objets mettent en évidence un phénomène qui paraissait étrange
à l’époque, exemples :
·
marmite
de Papin : Denys Papin (1647-1714?) inventa sa « marmite » ou
« digesteur » en 1679 ; elle eut un grand succès ; tous les savants
d’Europe admirèrent cette invention ; le roi d’Angleterre voulut avoir son
« digesteur » l’Académie des Sciences lui consacra une séance au
cours de laquelle une démonstration fut faite. Le digesteur est connu de nos
jours sous le nom de « cocotte minute »
l’appareil
d’Arago (1768-1853), est moins connu : la rotation d’un disque de cuivre à
proximité d’une aiguille sur pivot entraîne un changement de direction de
celle-ci. Ce phénomène était appelé : « magnétisme de rotation »
; on l’explique aujourd’hui par les courants induits dans le disque de
cuivre. Ces courants, appelés « courants de Foucault » expliquent
aussi les phénomènes de freinage mis en évidence dans « l’appareil de
Foucault » (eld 4-9). Léon Foucault vécut de 1819 à 1868. Le freinage
par courants de Foucault sera utilisé dans les futurs T.G.V.
L’appareil appelé « cohéreur de Branly » (eld 3-8) permit
à Marconi (1874-1937) de réaliser la première transmission d’une dépêche
par dessus la Manche en 1899 par «T.S.F.» ( télégraphe sans fil). Mais il
est excessif et certainement chauvin d’attribuer à Edouard Branly (1844-1940)
« l’invention de la T.S.F. ». Les propriétés de la limaille de
fer, mises en oeuvre dans le cohéreur de Branly étaient déjà connues de l’Italien
Calzechi en 1844.
On peut en quelque sorte, parler de physique des salons, de physique
amusante. Au début du 18ème siècle on créa des machines électrostatiques
d’où l’on tirait de belle étincelles ; on échangeait des « baisers
électriques ».
Après l’invention en 1745 de la « bouteille de Leyde »
(est 2-5) que l’abbé Nollet (1700-1770) perfectionna et fit connaître, tout
Paris voulut « se faire électriser ». Nollet déchargeait
une bouteille de Leyde à travers une chaîne de volontaires alignés et se
donnant la main. C’est ainsi qu’à Versailles, devant le Roi, l’abbé fit
sauter une compagnie de 240 gardes françaises. En 1848, Benjamin Franklin et
ses amis tuèrent un dindon par décharge électrique raconte Priestley.
Notre musée possède des appareils permettant de réaliser ces expériences
amusantes : une superbe batterie de jarres (est 2-6), une machine de Wimshurst
à quatre plateaux de verre, magnifique (est 2-4), un appareil pour
produire la grêle électrique (est 1-3) imaginé par Volta (1745-1827)
Des chapelets d’étincelles sont obtenus avec les « appareils étincelants »
(est 3-5 a, b, c). L’effet thermique de la décharge peut être utilisé pour
vaporiser une feuille d’or à travers un pochoir afin d’obtenir, sur papier,
le « portrait de Franklin » (est 3-3)
Cet effet thermique est mis
à profit dans l’expérience dit de la « torpille électrique » (est
3-2). L’étincelle électrique peut encore déclencher l’explosion d’un mélange
tonnant et expulser un bouchon avec le « pistolet » de Volta
(1745-1827), (est 3-4).
Les expériences amusantes ne sont pas spécifiques d’une époque. Vers
-133 Héron était le Directeur de l’école polytechnique d’Alexandrie.
S’il écrivit des livres sérieux : « Les mécaniques », « Catoptrique »,
« Métrique » il fut aussi constructeur d’automates. Bien avant
Papin il utilisa l’énergie thermique de la vapeur d’eau dans l’éolipyle
: c’était la première machine à vapeur, curiosité que l’emploi
d’esclaves rendait inutile. Inutile également et quelque peu paradoxale, est
la fameuse « fontaine de Héron » (flu 1-2).
Le « poussah » (mec 1-1), le cylindre qui remonte un plan
incliné (mec 1-2) les miroirs conjugués (opt 1-4) peuvent être aussi classés
dans la catégorie des appareils de physique amusante.
Amusante ou paradoxale est l’expérience dite « des hémisphères »
de Magdebourg (flu 2-4). Ce sont deux hémisphères
creux d’environ 10 à 12 cm de diamètre dont les bords sont garnis
d’un joint qui « tient le vide ». L’un des hémisphères
porte un robinet qui peut se visser sur la platine d’un machine pneumatique (flu
2-1) ; l’autre est muni d’un anneau pour la tirer. Quand la sphère obtenue
par la réunion des deux hémisphères contient de l’air il est facile de séparer
les deux moitiés ; il faut, au contraire, exercer une très grande force pour
les séparer quand on a fait le vide dans la sphère. L’expérience fut réalisée
pour la première fois en 1654 devant la diète de Ratisbonne par Otto Von
Guericke (1602-1686) bourgmestre de Magdebourg. Les hémisphères avaient un
diamètre de 80 cm. Il fallut 16 chevaux (huit de chaque côté) pour séparer
les hémisphères. Cette expérience eut un immense retentissement et mit à la
mode les expériences sur l’air et sur le vide.
Il était tentant de réaliser une décharge électrique dans les gaz raréfiés
: c’est ce que permettait « l’oeuf électrique» (est 3-6).
Nous accordons une place à part à la bobine de Masson parce que nous la
croyons assez rare, peu connue et parce qu’elle fut l’invention d’un
professeur Antoine Masson (1806-1858), sorti de l’Ecole Normale Supérieure
(1828), qui enseigna à Louis le Grand de 1842 à 1860, puis à Centrale et à
la Sorbonne. Mais il y eut plusieurs modèles ; la notre
est plus complexe que celle que décrit Jamin dans
son petit traité de physique de 1870 ; elle est sans doute plus tardive.
(Jamin Jules 1818-1886, enseigna lui aussi à Louis le Grand).
Voici en simplifiant comment elle se présente. Un paquet cylindrique de
tiges de fer, d’axe vertical, sert de noyau autour duquel sont réalisés deux
enroulements superposés : le plus interne est fait de quelques centaines de
spires de fil de cuivre d’assez gros diamètre ; c’est la « bobine
inductrice » ; le plus externe est fait de quelques milliers de spire
de fil de cuivre de faible diamètre, c’est la « bobine induite ».
La bobine inductrice est parcourue par un courant électrique, toujours
dans le même sens, mais périodiquement interrompu, puis rétabli, à l’aide
d’un commutateur tournant, mû par une manivelle, et appelé rhéotome.
Une force électromotrice prend naissance dans la bobine induite lorsque
le courant est coupé dans la bobine inductrice, et aussi quand il est rétabli
(mais elle est alors de sens inverse).
Masson parait avoir eu, pour but essentiel, l’étude des courants
induits et notamment de montrer que la quantité d’électricité induite
à la rupture était égale, en valeur absolue, à la quantité d’électricité
induite à la fermeture.
La bobine de Ruhmkorff est postérieure à celle de Masson, elle en est
semble-t-il, à première vue, une simple copie à ceci près que son axe est
horizontal alors que celui de la bobine de Masson est vertical. Pourtant le but
poursuivi par Ruhmkorff semble différent de celui de Masson. En remplaçant le
rhéotome de Masson par un interrupteur à coupure plus rapide (interrupteur de
M. de la Rive, interrupteur de Foucault ...) et en plaçant un condensateur aux
bornes de l’interrupteur (suggestion de M. Fizeau), on obtient de hautes
tensions et de belles étincelles aux bornes de la bobine induite. Pour
l’obtention et l’utilisation de hautes tensions en service continu, la
bobine de Rumhkorff constitue un progrès décisif par rapport à l’emploi des
machines électrostatiques existantes. C’est ce qui a fait son succès alors
que Masson, précurseur malheureux, tombait dans l’oubli. Ce n’est peut-être
pas trop forcer le trait que de dire que la bobine de Ruhmkorff fut un élément
important dans la naissance et le développement de la spectroscopie, laquelle
permet de connaître l’atome et l’Univers. Plus prosaïquement la bobine de
Ruhmkorff, sous le nom de bobine d’induction (bobine en abrégé), fut
longtemps indispensable au bon fonctionnement des moteurs d’automobile, emploi
dont elle n’est pas encore tout à fait éliminée.
Puisse, Masson, ancien professeur à Louis le Grand, recevoir justement
un peu de la gloire qui allait à Ruhmkorff.
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Au mur du musée nous avons fixé un tableau périodique des éléments,
dit de Mendeleïev (1834-1907). Ce tableau est pédagogiquement intéressant car
on y trouve deux cases vides correspondant aux éléments 85 qu’on appelait
(selon Mendeleïev) ékaiode (appellation encore visible) et 87 qu’on appelait
ékacoesium (appellation recouvrante). L’ékacoesium fut découvert en 1939
par Mademoiselle Perey et baptisé Francium (Fr) ; l’ékaïode fut découvert
peu après, en 1940, par Corson, Mackensie et Segré et fut nommé Astate (At).
Ce tableau périodique fut donc acquis avant 1939, mais il est intéressant
parce qu’il témoigne d’une étape dans la découverte des éléments.
Une photo (div 2) représente une salle de travaux pratiques immense qui
fut remaniée vers les années 1959-1960. Une autre photo (div 3) représente un
amphithéâtre d’avant 1972. Une autre photo (div 5) représente Pierre et
Marie Curie dans leur laboratoire.
Enfin sont exposées deux plaques commémoratives, l’une à la mémoire
du « Capitaine aviateur Honoré de Larenty Tholozan, tombé pour la France
le 5 mai 1916, ancien élève du lycée Louis le Grand », l’autre « à
la mémoire de Louis Zivy, professeur de physique et chimie (1919-1938) déporté,
mort pour la France le 10 octobre 1943 ».
Chaque appareil est muni d’un numéro que l’on retrouve sur une
fiche. Celle-ci peut être consultée sur place et devrait aider le visiteur
dans son observation et sa compréhension de l’objet. Sur chaque fiche on peut
trouver: numéro, nom, localisation, fonction, description et fonctionnement de
l’objet. De plus, sauf de rares exceptions, la fiche se termine par une
rubrique « histoire » qui se rapporte à l’objet ainsi qu’aux
savants qui furent ses concepteurs et ses utilisateurs.
Ce sont quelques 159 fiches qui constituent le catalogue du musée ;
une « liste et classification » en est fournie.
Le texte de ces fiches est de Pierre Provost, leur réalisation est due
à Jacques Boutigny, avec la complicité de plusieurs stagiaires et secrétaires
de l’Amicale Laïque de Saint-Cyr l’Ecole.
Pierre Provost a été professeur de physique en classe de spéciales de
1958 à 1987. Il fut chargé du laboratoire de
1960 à 1987.
Jacques Boutigny a été
professeur de physique en classe de
spéciales de 1965 à 1993. Il succéda à P. Provost comme responsable de
laboratoire de 1987 à 1993.
L'actuel responsable du laboratoire,
et, par suite du musée, est Louis Capéran, professeur de spéciales ;
nous lui souhaitons bon courage et
bonne chance.
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Mes remerciements vont d’abord à Jacques Boutigny qui m’a soutenu et
encouragé dans la rédaction de ce catalogue, qui a utilisé quelques compétences
en bureautique pour son édition, tout en trouvant des aides efficaces et dévouées
pour la frappe des textes.
Monsieur Boutigny et moi-même, nous associons pour dire notre gratitude
à tous ceux sans lesquels il eût été bien difficile de constituer un musée
et son catalogue :
·
le
personnel du laboratoire qui a entretenu ces matériels tant pour leur aspect
que pour leur état de marche ;
·
les
anciens professeurs responsables de laboratoire, parmi lesquels nous nous
souvenons de MM Guéraud, Bertran, Sauce et plus récemment M. Guillemard ;
les actuels responsables des laboratoires, Louis Capéran en physique, Laurence
David en chimie ;
·
les
professeurs attachés au laboratoire de physique : M. Lamy, M. Guyot, M.
Naniche, et Mme Faroux ; ou à celui de chimie : Mme Cuillier ;
·
les
intendants et intendantes, tous aussi bienveillants et attentionnés quand il
s’avère nécessaire d’effectuer des travaux d’entretien dans « l’enclave
des sciences physiques » ;
·
les
proviseurs et les conseils d’administration qui ont rendu « muséables »
bon nombre d’appareils en nous donnant les moyens de la modernisation.
Pierre PROVOST