LE MUSEE SCIENTIFIQUE   

DU LYCEE LOUIS LE GRAND

Ce texte est le texte original écrit par Pierre Provost à l'occasion de la création du musée. 

Histoire d'une naissance

Critères de choix des appareils mis au musée

Créateurs et appareils

        Ateliers Hippolyte PIXII (1808-1835) et fils

        Ateliers SOLEIL et successeurs

        Famille BREGUET

        Gustave FROMENT (1815-1865)

        Ateliers RUHMKORFF

        Autres ateliers

Appareils portant le nom d’un savant

Objets de physique amusante ou paradoxale

Bobine de MASSON et bobine de RUHMKORFF

Chimie

Divers

Le catalogue

Remerciements

 

Histoire d'une naissance

            Les objets qui, à une certaine époque, ont été utiles à l'homme furent, de ce fait, nombreux  ; puis, dépassés par de nouvelles technologies, ils devinrent inutiles, encombrants et voués à la  destruction tels de vieux chevaux conduits à l'abattoir.            

            Alors vient  la raréfaction. Cette menace de disparition fait naître regrets et nostalgie et conduit à la revalorisation de l'objet, au sauvetage des derniers exemplaires que l'on dépose dans ce qui est notre mémoire : le Musée.  

            Ce processus vaut pour  tout ce que fait l'Homme, mais de manière très inégale selon le  degré de  noblesse que l'on accorde aux objets : les plus nobles sont appelés objets d'art et précieusement conservés. Les moins nobles sont peut être les appareils de sciences physiques, et cela même aux yeux des physiciens. Pourquoi ?  

            Parce qu'ils sont les outils sans cesse repensés, modifiés, renouvelés, de la pensée qui cherche et de l'enseignement qui reproduit la recherche, les appareils scientifiques sont conçus comme éphémères, démontables et  réutilisables, s'il se peut, par morceaux.  

            Le physicien dont le but est de prévoir et d’exprimer des relations du genre « si A, alors B », se tourne plus volontiers vers l’avenir que vers le passé ; ce n’est donc pas,  à priori, un homme de musée.  

            Les appareils dont il n’a plus besoin sont abandonnés, détruits ou réutilisés par morceaux. Ce cannibalisme était pratiqué avant que je ne devienne, en 1960, responsable du laboratoire de Sciences physiques ; il le fut encore, sous ma responsabilité jusqu’à la  rénovation des locaux de sciences physiques (année 1972 et suivantes).  

            C’est alors que, contraints de réaménager nos collections nous fûmes touchés par la grâce et décidâmes de constituer ce musée avec l’approbation de Monsieur le Proviseur Deheuvels et l’aide de M. Noël architecte.

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Critères de choix des appareils mis au musée

         Quels appareils allions nous mettre dans le musée ? Nous les avons choisis : rares, anciens, beaux témoins d’un passé révolu, témoins des modes de pensée et des théories obsolètes, témoins touchants de l’enthousiaste collaboration des savants qui les conçurent et des artisans qui les créèrent.

            Ce qui est mystère des formes pour le profane devient à ses yeux beauté étrange et désir d’appropriation. Les antiquaires se sont donc intéressés à nos vieux appareils et il a fallu une circulaire ministérielle, destinée aux responsables de laboratoires, pour rappeler l’interdiction de la vente des vieux appareils dont le prix, sur le marché, est fonction de l’ancienneté et de l’état de marche.

            L’ancienneté peut se mesurer en années, siècles ou millénaires. On sera alors étonné et peut-être  déçu d’apprendre que les objets de notre musée datent du 19ème siècle et du début du 20ème. Ainsi évalués ils ne peuvent figurer à côté des silex taillés et des objets de bronze des musées archéologiques.

            Mais une idée, un agissement, un objet deviennent anciens lorsqu’ils cessent d’être en usage et ne sont plus enseignés. Ignorés des jeunes ils paraissent étranges à  leurs yeux quand ils les découvrent au musée.

            Or ce type de vieillissement peut-être extraordinairement rapide et aller en s’accélérant en sciences physiques. Ce n’est pas tout à fait le cas en mécanique classique puisque le concept de moment de force, toujours valable et toujours enseigné, a été introduit par le génial Archimède, deux cents ans avant notre ère, mais il a fallu attendre dix huit siècles pour que la mécanique classique s’édifie avec Galilée, Varignon, Newton et autres.... à partir du 17ème siècle. Par contre l’électromagnétisme est une branche très récente de la physique : elle s‘est édifiée tout au long du 17ème siècle ; sa construction connut des idées fausses et elle nous laisse beaucoup d’appareils obsolètes qui constituent une part importante de notre musée. L’électronique est encore plus récente : si on situe son début à l’invention de la lampe triode par Lee de Forest, elle est née en 1907 et son évolution connut des progrès foudroyants tout au long du 20ème siècle. Progrès techniques, course à la miniaturisation, concurrence, font que la durée de validité d’une invention (lampes à vide, transistors, puces électroniques .... ) devient de plus en plus courte et que l’électronique produit un flux de plus en plus important d’objets « muséables » (quoique récents ! ).

            Les objets du 19ème siècle et d’avant ont été créés dans des conditions souvent artisanales associant savants et artisans, ces derniers étant aussi d’authentiques physiciens. C’est en pensant à eux que l’on ressent une émotion certaine à la vue de leurs ouvrages. La découverte, sur un appareil, d’une plaque ancienne donnant nom et adresse du fabricant donne plus de valeur à l’appareil et à souvent été à l’origine de notre décision de le « muséer ». Par exemple nous avons mis dans notre musée en sphéromètre - appareil qui n’est pas tout à fait obsolète - parce qu’il portait l’inscription : Soleil, opticien, 36 rue de l’Odéon , Paris.

            Ainsi allons nous associer, dans une même présentation, quelques uns de nos objets à leurs fabricants.  

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Créateurs et appareils

            Les objets répertoriés sont actuellement au nombre de 1600 (à quelques unités près), d’importance imaginée. On trouvera la liste en fin de chapitre (des étoiles marquent leur valeur). Nous en présentons ci-après les plus importants associés à leurs créateurs. Mais aucun plan ne nous paraissent vraiment s’imposer nous demandons au lecteur la permission de faire un inventaire à la Prévert (cependant le musée ne possède pas de raton-laveur).    

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Ateliers Hippolyte PIXII (1808-1835) et fils


       
   Nous possédons quatre appareils issus de ces ateliers.La machine de Pixii (eld 3-4) utilisant le phénomène d’induction découvert par le grand physicien anglais Faraday en 1831, peut-être considéré comme la première machine magnétoélectrique (ou alternateur). Elle fut construite par les Pixü père et fils en 1832. Un aimant en U (inducteurs) tournant devant une paire de bobines (induit) y engendre un courant alternatif. Le type de courant ayant des propriétés méconnues, un commutateur tournant le redresse. Notre machine est, croyons-nous un objet assez rare. L’anglais Henri Clarke (1815-1895) linguiste remarquable (il connaissait quarante langues) reproduisit en la modifiant la machine de Pixii (mais avec un inducteur fixe, et un induit tournant)  Petite anecdote : exposée à la mairie du 15ème  elle y fut baptisée « machine de Pie XII ».

            La machine d’Atwood (mec 2-4) sert à vérifier le « principe d’inertie » et à étudier les lois de la mécanique dans le cas particulier de la chute ralentie. Sortie des ateliers Pixii, c’est une imposante colonne d’acajou, avec poulies de cuivre. Elle fut, m’a-t-on dit, offerte au lycée Louis le Grand par l’impératrice Joséphine. Elle était coiffée d’une magnifique pomme de pin qui fut sciée pour franchir les portes (elle a disparu). Georges Atwood (1746-1807) fut professeur à Cambridge. Son invention daterait de 1784. Dans son livre « l’empire immobile ». Alain Peyrefitte relate l’histoire de l’ambassade anglaise en 1793 dirigée par Macartney auprès de l’empereur de Chine Quianlong. Parmi les nombreux cadeaux offerts à l’empereur figure une machine d’Atwood (note en bas de la page 236). La machine d’Atwood fut introduite dans l’enseignement français après la réforme de l’enseignement scientifique de 1902.

            Ancien élève du lycée Louis le Grand, le général Arthur Morin (1795-1880) imagina un appareil pour l’étude de la chute ralentie des corps ; bien qu’elle ne soit pas rare, elle ne figure pas dans notre musée. Par contre nous possédons une « guillotine » acquise en 1928, pour le même type d’expériences. La précision acquise dans la mesure du temps, qui permet une étude précise des mouvements rapides, a rendu ces appareils obsolètes.

            Une lunette (opt 3-2) et un thermoscope de Rumford (the1-3) en fort mauvais état ont pour intérêt porter la marque Pixii.    

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Ateliers SOLEIL et successeurs

              Jean-Baptiste Soleil (1778-1878) mit son habileté et son intelligence au service de grands savants : Fresnel (1788-1827), Arago (1786-1853), Foucault (1819-1868), Babinet (1794-1872), Delezenne etc...

            Outre le sphéromètre déjà cité (mes 2-3) nous possédons, de Soleil, un banc d’optique (opt 1-7) muni de nombreuses pièces d’optique. La maison Soleil fut fondée en 1819 et dirigée par Jean Baptiste Soleil de 1819 à 1849.

            Jules Duboscq (1817-1886), son élève puis son gendre, lui succéda de 1849 à 1883. Il créa et mit au point de nombreux appareils ; il perfectionna le saccharimètre Soleil créé par son beau père. C’est cette version perfectionnée que nous possédons (opt 2-6) ; l’objet portant l’inscription « J.Duboscq à Paris » dut être fabriqué entre 1849 et 1883. Il comporte une pièce inventée par J.B. Soleil : le compensateur Soleil. J. Duboscq fut, très peu de temps, associé à un frère A. Duboscq. Notre enregistreur de mouvements vibratoires (aco 1)  date du temps de cette brève association ce qui, pour les collectionneurs, serait susceptible de lui donner plus de valeur.

            Philippe Pellin codirige les ateliers à partir de 1883 avec J. Duboscq, puis seul à partir de 1886 (décès de J. Duboscq). Nous avons reconnu l’appareil répertorié opt 1-6 pour l’étude des lois de Descartes (sur la réflexion et la réfraction)  dans un vieux catalogue de Ph. Pellin.  
   
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Famille BREGUET

              Abraham Bréguet (1747-1823) fut un horloger et un mécanicien français. A l’âge de 33 ans il fonde un établissement célèbre qui place l’horlogerie française au premier rang. Il construit des horloges astronomiques, des horloges de marine, des chronomètres. Il a l’idée d’utiliser des rubis pour réduire les frottements. Il construit le mécanisme du télégraphe Chappe. Il invente un thermomètre métallique dont nous avons un exemplaire (the 1-4). Il s’agit d’un ruban spiralé formé de trois lames de platine, or et argent superposées dont la torsion causée par une variation de température, entraîne la rotation d’une aiguille. Abraham Bréguet, membre du bureau des longitudes entra à l’Académie des Sciences en 1816.

            Louis Bréguet (1804-1883), petit-fils du précédant nous intéresse particulièrement car il construisit l’un des appareils les plus importants de notre musée : la bobine de Masson (eld 4-6) en 1842. Louis Bréguet fut, comme son grand-père, horloger et physicien ; il construisit de nombreux appareils de précision. Il fut chargé d’établir le premier télégraphe électrique sur la ligne de chemin de fer Paris-Rouen. Il construisit un télégraphe à cadran (objet eld 3-3 de notre collection) qu’il inventa peut-être, invention que l’on attribue aussi à Charles Wheatstone (1802-1875). Comme son grand-père il fut membre du bureau des longitudes (1862) et de l’Académie des Sciences (1874).

            Antoine Bréguet 1851-1882, fils de Louis,  physicien et inventeur, fut placé par son père à la tête de ses ateliers. Il nous concerne car le musée possède une dynamo Gramme (eld 4-4n) qui porte l’inscription :

 

Machine de Gramme

Inv. Bté SGDG

Bréguet FT n° 15 D

           

Antoine Bréguet écrivit un traité sur la dynamo Gramme, fut professeur au lycée Louis le Grand.

            Un autre Bréguet, (Louis Charles 1880-1955), est bien connu comme ingénieur constructeur d’avions et d’hélicoptères. La première liaison Paris-New-York sans escale fut réalisée en 1930 par Costes et Bellonte à bord d’un avion « Bréguet 19 ».     

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Gustave FROMENT (1815-1865)

              Mécanicien, Gustave Froment, construit les premiers moteurs électriques. Dans son traité de 1862 Ganot décrit un moteur électrique rotatif comportant une couronne d’électroaimants fixes qui attirent les barres de fer portées par une roue. Le moteur électrique eld 3-2 qui figure au musée est encore plus primitif : deux électroaimants alternativement alimentés par une pile attirent deux armatures dont le mouvement alternatif est transformé en mouvement circulaire par l’habituel système bielle-manivelle. Ce moteur, qui fonctionne toujours fort bien, daterait de 1852.

            Voici un savoureux extrait de Ganot :

            « Monsieur Froment a, dans ses ateliers une machine électromotrice de la ‘’force’’ (Sic) d’un cheval-vapeur. Mais jusqu’ici ces machines n’ont pu être appliquées à l’industrie, la dépense des acides et du zinc qu’elles consomment l’emportant de beaucoup sur celle du combustible dans les machines à vapeur de même ‘’force’’ »

            Pour comprendre ce texte il faut savoir qu’à l’époque de Ganot, à l’époque de Froment donc, on ne savait uniquement produire un courant continu qu’à l’aide de piles qui consommaient de l’acide et du zinc. On méconnaissait l’intérêt du courant alternatif plus faible à produire. Il faudra attendre la dynamo Gramme utilisable comme source de courant ou comme moteur pour que le moteur électrique prenne de l’intérêt. Gramme présenta ses travaux à l’Académie des Sciences le 17 juillet 1871 et se servit de la dynamo pour transporter sous forme électrique, à 2 km, l’énergie d’une machine à vapeur lors de l’exposition de Vienne en 1873. Or le texte cité de Ganot figure dans une édition de 1862. Le dynamo motrice étant bien supérieure aux moteurs de Froment, ceux-ci n’eurent d’avenir que dans les musées. Froment travaille sur diverses inventions : télégraphe à clavier, métier à tisser, imprimante Hughes, etc...    
 
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Ateliers Ruhmkorff

            Ruhmkorff (1803-1877), mécanicien et électricien allemand vint à Paris travailler chez des fabricants d’appareils scientifiques, puis il fonda sa propre maison. Il est surtout connu pour la bobine qui porte son nom, dont nous avons quelques exemplaires (eld 4-7), et qui, perfectionnée, est toujours en usage. Nous reparlerons, plus loin, de cette bobine.

            Nous avons au musée un galvanomètre à aimants mobiles (eld 5-5) qui sort de ses ateliers.

            Ruhmkorff a construit un électroaimant dont Faraday a conçu les plans et avec lequel Faraday a étudié les propriétés magnétiques de la matière (découverte du paramagnétisme, du diamagnétisme) et étudié la polarisation rotatoire magnétique. Cet électroaimant est reproduit sur une gravure d’un ouvrage de Jamin (qui fut professeur à Louis le Grand) et nous avons eu la surprise de constater que nous avions exactement le même (eld 3-1). Cette gravure nous a conduit à rechercher et à trouver dans un tiroir une  pièce polaire manquante. Aussi pensons-nous que notre électroaimant sort des ateliers Ruhmkorff bien qu’il n’en porte pas l’inscription.

            Jules Carpentier (1851-1921), ingénieur sorti de l’Ecole Polytechnique a pris la succession de Ruhmkorff après avoir été ingénieur à la société de chemins de fer PLM (réseau Paris-Lyon-Méditerranée). Le remarquable ampèremètre à aimants mobiles (eld 5-5) porte l’inscription «  Ateliers Ruhmkorff ; Carpentier ingénieur-constructeur ». Les boîtes «Carpentier» de résistances étalonnées, shunts et «boîte à pont» (eld1-3, eld 1-5) ont été appréciées et très répandues. Il fut aussi opticien ; opt 3-1 est un périscope « Carpentier » ; Carpentier construisit les premières caméras des frères  Lumière ; il fut nommé membre libre de l’Académie des Sciences en 1907.    
 
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Autres ateliers

              Un « appareil » précis pour régler les niveaux (mes 1-3) porte l’inscription « M.Eichens 113 rue de l’Enfer Paris » et obtint le grand prix de l’exposition universelle de 1867 ; un théodolite de 1868 (mes 1-6) et un modèle d’échappement à ancre (mes 4-1) de 1867 sont également de M. Eichens.

            De « Brunner à Paris » nous avons un « goniomètre » (mes 1-10) et un « compas d’épaisseur » en mauvais état (mes 2-4)

            De « Perreaux, Paris » une machine à diviser (mes 2-2)

            Des appareils photographiques (opt 4-2) portent la marque « Poulenc, frères, Boulevard Saint Germain Paris ».    
 
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Appareils portant le nom d’un savant

            Certains sont des appareils de mesure, actuellement inutilisés, mais qui ont joué un rôle important autrefois.

            Pour la mesure d’un courant électrique :

·      un galvanomètre (eld 5-1) invente en 1826 par le physicien italien Léopoldo Nobili (1787-1835)

·      un galvanomètre à aimants mobiles (eld 5-3) de Lord Kelsen (célèbre physicien anglais qui vécut de 1824 à 1907). C’est un fort bel appareil en bon état.

            eld 5-6 et eld 5-7 sont

·      des galvanomètres à cadre mobile (eld 5-6 et eld 5-7) dus à Deprez (1843-1918) et d’Arsonval (1851-1940).

            Pour la mesure d’une différence de potentiel électronique :

·      un électromètre de Mascart (est 1-4) (Eleuthère Mascart vécut de 1837 à 1918)

·      un électromètre de Branly (est 1-5),  en assez mauvais état.

            Pour la mesure d’un champ magnétique :

·      une balance de Cotton (eld 5-10) ( Aimé Cotton, physicien français vécut de 1869 à 1951)

            D’autres objets mettent en évidence un phénomène qui paraissait étrange à l’époque, exemples :

·      marmite de Papin : Denys Papin (1647-1714?) inventa sa « marmite » ou « digesteur » en 1679 ; elle eut un grand succès ; tous les savants d’Europe admirèrent cette invention ; le roi d’Angleterre voulut avoir son « digesteur » l’Académie des Sciences lui consacra une séance au cours de laquelle une démonstration fut faite. Le digesteur est connu de nos jours sous le nom de « cocotte minute »

l’appareil d’Arago (1768-1853), est moins connu : la rotation d’un disque de cuivre à proximité d’une aiguille sur pivot entraîne un changement de direction de celle-ci. Ce phénomène était appelé : « magnétisme de rotation » ; on l’explique aujourd’hui par les courants induits dans le disque de cuivre. Ces courants, appelés « courants de Foucault » expliquent aussi les phénomènes de freinage mis en évidence dans « l’appareil de Foucault » (eld 4-9). Léon Foucault vécut de 1819 à 1868. Le freinage par courants de Foucault sera utilisé dans les futurs T.G.V.

            L’appareil appelé « cohéreur de Branly » (eld 3-8) permit à Marconi (1874-1937) de réaliser la première transmission d’une dépêche par dessus la Manche en 1899 par «T.S.F.» ( télégraphe sans fil). Mais il est excessif et certainement chauvin d’attribuer à Edouard Branly (1844-1940) « l’invention de la T.S.F. ». Les propriétés de la limaille de fer, mises en oeuvre dans le cohéreur de Branly étaient déjà connues de l’Italien Calzechi en 1844.    
 
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Objets de physique amusante ou paradoxale

              Le physicien « sérieux » utilise l’expérimentation pour vérifier les conséquences d’une hypothèse, d’une théorie, ce qui entraîne parfois une découverte inattendue, laquelle fait rebondir  la recherche. Enseignant, le physicien se sert d’un appareil pour démontrer une loi. Mais il arrive qu’une expérience spectaculaire devienne à la mode et soit reproduite ailleurs que dans les laboratoires.

            On peut en quelque sorte, parler de physique des salons, de physique amusante. Au début du 18ème siècle on créa des machines électrostatiques d’où l’on tirait de belle étincelles ; on échangeait des « baisers électriques ».

            Après l’invention en 1745 de la « bouteille de Leyde » (est 2-5) que l’abbé Nollet (1700-1770) perfectionna et fit connaître, tout  Paris voulut « se faire électriser ». Nollet déchargeait une bouteille de Leyde à travers une chaîne de volontaires alignés et se donnant la main. C’est ainsi qu’à Versailles, devant le Roi, l’abbé fit sauter une compagnie de 240 gardes françaises. En 1848, Benjamin Franklin et ses amis tuèrent un dindon par décharge électrique raconte Priestley.

            Notre musée possède des appareils permettant de réaliser ces expériences amusantes : une superbe batterie de jarres (est 2-6), une machine de Wimshurst  à quatre plateaux de verre, magnifique (est 2-4), un appareil pour produire la grêle électrique (est 1-3) imaginé par Volta (1745-1827)

            Des chapelets d’étincelles sont obtenus avec les « appareils étincelants » (est 3-5 a, b, c). L’effet thermique de la décharge peut être utilisé pour vaporiser une feuille d’or à travers un pochoir afin d’obtenir, sur papier, le « portrait de Franklin » (est 3-3)

            Cet  effet thermique est mis à profit dans l’expérience dit de la « torpille électrique » (est 3-2). L’étincelle électrique peut encore déclencher l’explosion d’un mélange tonnant et expulser un bouchon avec le « pistolet » de Volta (1745-1827), (est 3-4).

            Les expériences amusantes ne sont pas spécifiques d’une époque. Vers -133 Héron était le Directeur de l’école polytechnique d’Alexandrie. S’il écrivit des livres sérieux : « Les mécaniques », « Catoptrique », « Métrique » il fut aussi constructeur d’automates. Bien avant Papin il utilisa l’énergie thermique de la vapeur d’eau dans l’éolipyle : c’était la première machine à vapeur, curiosité que l’emploi d’esclaves rendait inutile. Inutile également et quelque peu paradoxale, est la fameuse « fontaine de Héron  » (flu 1-2).  

            Le « poussah » (mec 1-1), le cylindre qui remonte un plan incliné (mec 1-2) les miroirs conjugués (opt 1-4) peuvent être aussi classés dans la catégorie des appareils de physique amusante.

            Amusante ou paradoxale est l’expérience dite « des hémisphères » de Magdebourg (flu 2-4). Ce sont deux hémisphères  creux d’environ 10 à 12 cm de diamètre dont les bords sont garnis d’un joint  qui « tient le vide ». L’un des hémisphères porte un robinet qui peut se visser sur la platine d’un machine pneumatique (flu 2-1) ; l’autre est muni d’un anneau pour la tirer. Quand la sphère obtenue par la réunion des deux hémisphères contient de l’air il est facile de séparer les deux moitiés ; il faut, au contraire, exercer une très grande force pour les séparer quand on a fait le vide dans la sphère. L’expérience fut réalisée pour la première fois en 1654 devant la diète de Ratisbonne par Otto Von Guericke (1602-1686) bourgmestre de Magdebourg. Les hémisphères avaient un diamètre de 80 cm. Il fallut 16 chevaux (huit de chaque côté) pour séparer les hémisphères. Cette expérience eut un immense retentissement et mit à la mode les expériences sur l’air et sur le vide.

            Il était tentant de réaliser une décharge électrique dans les gaz raréfiés : c’est ce que permettait « l’oeuf électrique» (est 3-6).    
 
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Bobine de MASSON et bobine de RUHMKORFF

             Nous accordons une place à part à la bobine de Masson parce que nous la croyons assez rare, peu connue et parce qu’elle fut l’invention d’un professeur Antoine Masson (1806-1858), sorti de l’Ecole Normale Supérieure (1828), qui enseigna à Louis le Grand de 1842 à 1860, puis à Centrale et à la Sorbonne. Mais il y eut plusieurs modèles ; la notre  est plus complexe que celle que décrit Jamin dans  son petit traité de physique de 1870 ; elle est sans doute plus tardive. (Jamin Jules 1818-1886, enseigna lui aussi à Louis le Grand).

            Voici en simplifiant comment elle se présente. Un paquet cylindrique de tiges de fer, d’axe vertical, sert de noyau autour duquel sont réalisés deux enroulements superposés : le plus interne est fait de quelques centaines de spires de fil de cuivre d’assez gros diamètre ; c’est la « bobine inductrice » ; le plus externe est fait de quelques milliers de spire de fil de cuivre de faible diamètre, c’est la « bobine induite ».

            La bobine inductrice est parcourue par un courant électrique, toujours dans le même sens, mais périodiquement interrompu, puis rétabli, à l’aide d’un commutateur tournant, mû par une manivelle, et appelé rhéotome.

            Une force électromotrice prend naissance dans la bobine induite lorsque le courant est coupé dans la bobine inductrice, et aussi quand il est rétabli (mais elle est alors de sens inverse).

            Masson parait avoir eu, pour but essentiel, l’étude des courants induits et notamment de montrer que la quantité d’électricité  induite à la rupture était égale, en valeur absolue, à la quantité d’électricité induite à la fermeture.

            La bobine de Ruhmkorff est postérieure à celle de Masson, elle en est semble-t-il, à première vue, une simple copie à ceci près que son axe est horizontal alors que celui de la bobine de Masson est vertical. Pourtant le but poursuivi par Ruhmkorff semble différent de celui de Masson. En remplaçant le rhéotome de Masson par un interrupteur à coupure plus rapide (interrupteur de M. de la Rive, interrupteur de Foucault ...) et en plaçant un condensateur aux bornes de l’interrupteur (suggestion de M. Fizeau), on obtient de hautes tensions et de belles étincelles aux bornes de la bobine induite. Pour l’obtention et l’utilisation de hautes tensions en service continu, la bobine de Rumhkorff constitue un progrès décisif par rapport à l’emploi des machines électrostatiques existantes. C’est ce qui a fait son succès alors que Masson, précurseur malheureux, tombait dans l’oubli. Ce n’est peut-être pas trop forcer le trait que de dire que la bobine de Ruhmkorff fut un élément important dans la naissance et le développement de la spectroscopie, laquelle permet de connaître l’atome et l’Univers. Plus prosaïquement la bobine de Ruhmkorff, sous le nom de bobine d’induction (bobine en abrégé), fut longtemps indispensable au bon fonctionnement des moteurs d’automobile, emploi dont elle n’est pas encore tout à fait éliminée.

            Puisse, Masson, ancien professeur à Louis le Grand, recevoir justement un peu de la gloire qui allait à Ruhmkorff.    
 
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Chimie

              Notre musée est pauvre en appareils de chimie. Citons en vrac : un appareil de Maquenne (pour la détermination de points de fusion), une lampe de Davy (pour les mineurs), une lampe à acétylène, une belle boîte à réactifs .... et un vieil alambic .... Peut-on classer en chimie une boîte avec cuve pour  la préparation et le développement de daguerréotypes (avec plaque de cuivre et polissoir (opt 4-1) ?

            Au mur du musée nous avons fixé un tableau périodique des éléments, dit de Mendeleïev (1834-1907). Ce tableau est pédagogiquement intéressant car on y trouve deux cases vides correspondant aux éléments 85 qu’on appelait (selon Mendeleïev) ékaiode (appellation encore visible) et 87 qu’on appelait ékacoesium (appellation recouvrante). L’ékacoesium fut découvert en 1939 par Mademoiselle Perey et baptisé Francium (Fr) ; l’ékaïode fut découvert peu après, en 1940, par Corson, Mackensie et Segré et fut nommé Astate (At).

            Ce tableau périodique fut donc acquis avant 1939, mais il est intéressant parce qu’il témoigne d’une étape dans la découverte des éléments.  
    
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Divers

             Sauvés de la casse qui accompagna les travaux de rénovation des années 72 et suivantes, figurent deux tables et quatre chaises. Les tables munies d’orifices pour encriers étaient vissées sur le plancher. L’une d’elles porte la surnom d’un professeur de mathématiques réputé. Nul ne connaît l’âge de ce matériel qui était en place depuis longtemps quand nous sommes arrivé au lycée en 1958 ! Nul ne sait combien d’étudiants sont passés sur ces meubles robustes et inconfortables.

            Une photo (div 2) représente une salle de travaux pratiques immense qui fut remaniée vers les années 1959-1960. Une autre photo (div 3) représente un amphithéâtre d’avant 1972. Une autre photo (div 5) représente Pierre et Marie Curie dans leur laboratoire.

            Enfin sont exposées deux plaques commémoratives, l’une à la mémoire du « Capitaine aviateur Honoré de Larenty Tholozan, tombé pour la France le 5 mai 1916, ancien élève du lycée Louis le Grand », l’autre « à la mémoire de Louis Zivy, professeur de physique et chimie (1919-1938) déporté, mort pour la France le 10 octobre 1943 ».    
 
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Le catalogue

 

            Chaque appareil est muni d’un numéro que l’on retrouve sur une fiche. Celle-ci peut être consultée sur place et devrait aider le visiteur dans son observation et sa compréhension de l’objet. Sur chaque fiche on peut trouver: numéro, nom, localisation, fonction, description et fonctionnement de l’objet. De plus, sauf de rares exceptions, la fiche se termine par une rubrique « histoire » qui se rapporte à l’objet ainsi qu’aux savants qui furent ses concepteurs et ses utilisateurs.

            Ce sont quelques 159 fiches qui constituent le catalogue du musée ; une « liste et classification » en est fournie.          

            Le texte de ces fiches est de Pierre Provost, leur réalisation est due à Jacques Boutigny, avec la complicité de plusieurs stagiaires et secrétaires de l’Amicale Laïque de Saint-Cyr l’Ecole.  

            Pierre Provost a été professeur de physique en classe de spéciales de 1958 à 1987. Il fut chargé du laboratoire de  1960 à 1987.

            Jacques Boutigny a  été professeur de physique en classe  de spéciales de 1965 à 1993. Il succéda à P. Provost comme responsable de laboratoire de 1987 à 1993.

            L'actuel responsable du  laboratoire, et, par suite du musée, est Louis Capéran, professeur de spéciales  ; nous lui souhaitons  bon courage et  bonne chance.  
 
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Remerciements

 

            Mes remerciements vont d’abord à Jacques Boutigny qui m’a soutenu et encouragé dans la rédaction de ce catalogue, qui a utilisé quelques compétences en bureautique pour son édition, tout en trouvant des aides efficaces et dévouées pour la frappe des textes.            

            Monsieur Boutigny et moi-même, nous associons pour dire notre gratitude à tous ceux sans lesquels il eût été bien difficile de constituer un musée et son catalogue :  

·      le personnel du laboratoire qui a entretenu ces matériels tant pour leur aspect que pour leur état de marche  ;

·      les anciens professeurs responsables de laboratoire, parmi lesquels nous nous souvenons de MM Guéraud, Bertran, Sauce et plus récemment M. Guillemard  ; les actuels responsables des laboratoires, Louis Capéran en physique, Laurence David en chimie ;

·      les professeurs attachés au laboratoire de physique : M. Lamy, M. Guyot, M. Naniche, et Mme Faroux  ; ou à celui de chimie : Mme Cuillier  ;

·      les intendants et intendantes, tous aussi bienveillants et attentionnés quand il s’avère nécessaire d’effectuer des travaux d’entretien dans « l’enclave des sciences physiques »  ;

·      les proviseurs et les conseils d’administration qui ont rendu « muséables » bon nombre d’appareils en nous donnant les moyens de la modernisation.

 

 

                                                                                    Pierre PROVOST

 
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